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Sites de rencontres : Responsables ou symboles de la solitude ? – Pour le Comptoir Digital

Hey ! Vous allez bien, vendredi dernier j’étais sur Radio Campus Paris pour un sujet qui m’intéresse beaucoup  » Les sites de rencontres » , sur le plateau nous avions du beau monde :

Raphaël Gilmas, Directeur Marketing et Communication chez Attractive World
Jessica Delpirou, Directrice France chez Meetic

Alors j’y suis allé de ma chronique, le côté prof avec l’histoire de la rencontre organisée ou forcée (tout dépend comment on voit la chose) et le côté analyse sur les utilisateurs des sites de rencontres.

Bonne lecture

Il y a toujours eu, dans la bourgeoisie, des marieuses et entremetteurs qui travaillaient dans le courtage matrimonial … Oui, oui… Le courtage. En gros, si tu voulais pécho, valait mieux avoir une dot qu’une dette.

Mais c’est entre le 18eme et le 19eme siècle que nous avons vu apparaitre en France les agences d’affaires, qui proposaient dans la multitude de services celui d’agence matrimonial.

A l’époque, nous pouvions compter 100 à 150 agences matrimoniales qui, pour les plus grosses, se rémunéraient en prenant 5 à 10 % de la dot. Imaginez si ça se passait comme cela aujourd’hui … ahah

En France, elles sont encadrées par la loi et ont donc un devoir de résultat. Je cite  » Concerne les offres de rencontres en vue de la réalisation d’un mariage et d’une union stable ». C’est assez important pour notre sujet d’aujourd’hui de le préciser

Dans les années 1960, années libertines, sont arrivés les petites annonces. Les plus connues étant dans le Chasseur Français, Magazine de chasse, pêche et bricolage, le GQ de l’époque.

JH 28 75 CH JF 25-30 75 PRS.

Ceux qui ont compris ce message sont d’un autre monde et ont certainement usé leurs doigts, dans les années 80, sur le clavier d’un certain minitel dont le fameux minitel Rose, informatisant les petites annonces qui ne comportaient toujours aucune photo. Il est vrai que les photos en 8 bits, c’était pas très réaliste.

Puis sont arrivés les sites de rencontres. Le premier aux états unis avec Match.com, puis on voit naître, en France, en 1997, Netclub « Site de rencontres sentimentales et érotiques ». Tu la sens bien ma promesse dans cette baseline.

Dans les années 2000, avec l’arrivée du web communautaire, les sites de rencontre sont apparus dans la vie des Français et persistent encore aujourd’hui avec des Grands Noms tels que Meetic, Attractive World, Adopte Un Mec et eDarling qui ne vous promettent que des belles rencontres à la télé.

Vous le savez, ce qui m’intéresse avant toute chose, lorsque que l’on me parle de service, c’est « Quel besoin l’a fait naître et quel usage en a-t-on ? »

Aujourd’hui, j’ai décidé de prendre votre défense, oui vous, sites de rencontres sans défense, car si aujourd’hui votre population est en majorité composée de queutards décérébrés, de mâles en rut, de femmes sous Lexomyl, de jeunes filles à la recherche d’une carte d’identité, ce n’est pas de votre faute, du moins pas complètement. Analysons.

Il y a 3 ans, j’ai été consulté dans le but de faire une étude/benchmark des sites de rencontres, d’un point de vue ergonomique, graphique, technologique mais aussi sociologique, et je me suis posé une seule question.

Comment créer le site de rencontre parfait ?

Et ma réponse fut claire, précise et sans tact, c’est impossible.

Dans ce domaine, chaque individu à une façon bien à lui de vivre la rencontre, qu’elle soit amicale, amoureuse ou sexuelle. Désolé de vous enlever votre rêve, mais il n’y a pas que des gens chastes en ces places.

On se retrouve donc avec des milliers de personnes désirant d’un point de vue macro la même chose mais qui d’un point de vue micro ont un désir extrêmement précis. Et cela diffère en fonction des âges, du chalutage en passant par la pêche au gros jusqu’à la pêche sportive très précise.

Maintenant, je pense qu’il faut être réaliste et abattre quelques idées reçues.

Voilà ce que nous pouvons penser le jour où dans un élan naïf nous nous inscrivons sur un site :

  • Tout le monde est célibataire
  • est honnête
  • cherche l’amour sincère
  • est beaux comme à la télé
  • est exigeant comme à la télé
  • est conseillé par un expert de la rencontre
  • Et j’en passe ?

Est-ce que c’est de votre faute ? Bien sûr que non. Vous n’êtes pas responsable des envies déviantes des personnes s’inscrivant chez vous. Et puis le client est roi, puisqu’avant d’être célibataire il est client ! 

Vous respectez finalement votre promesse : mettre en relation 2 personnes ayant des affinités. Vous donnez des outils comme l’algorithme de Meetic Affinity qui vous case rapidement et vous sort des personnes correspondant à 88 % à vos critères … Finalement, tout est réuni pour trouver la perle rare sans trop se prendre la tête. Où est le romantisme ? La spontanéité, l’imprévu, ce petit plus qui fait que c’est elle ou lui et pas une ou un autre.

Nous sommes en train de perdre tous les comtes de princes et de princesses de notre enfance, la désillusion …

Les sites de rencontres, responsables ou symbole de la grande déprime amoureuse que rencontre toute une génération ?

À l’époque de mes parents ou grands parents, ils essayaient tant bien que mal de flirter avec la plus belle fille ou le plus beau garçon du village pendant le bal du 14 juillet, puis au fil des heures, ils descendaient en gamme puis en exigence, l’alcool aidant (Ça n’a pas changé ça).

Les questions que tu te posais étaient plus simples et moins complexes qu’aujourd’hui « Est-elle la femme de ma vie ? »

Aujourd’hui, l’accès simplifié aux sites de rencontre a tout chamboulé. C’est comme si on avait filer l’arme atomique à un cupidon alcoolisé.

On va pas se mentir, les garçons ne lisent pas les profils, ne juge que sur photo et sont devenus experts en IMC, rapport poids/taille. En termes d’exigences, c’est comme acheter une voiture . On commence par la berline toutes options puis au fil des jours, on finit par la Lada avec Climatisation et encore. C’est triste de dire ça, mais on n’est vraiment pas loin.

Les filles se sont en générales inscrites « parce que c’est un délire entre copines » ou parce qu’une amie leur a conseillé de tester. Mais elles sont connectées tous les soirs et recherchent surtout de faire nouvelles rencontres et pourquoi pas plus si affinités, hihi.

C’est donc un peu la solution de facilité, pour les personnes qui n’ont pas envie de se prendre la tête à rencontrer des gens, ou qui n’ont pas l’occasion de le faire, parce qu’ils sont occupés par leur travail ou tout simplement dans un cercle d’amis très peu enclin aux sorties.

Pour résumer, on y trouve de tout à pas cher, mais on trouve surtout des personnes qui sur le papier cherchent la même chose que vous mais qui finalement ne vous recherchent pas vous.

Mais à côté de tous les aléas des sites de rencontre, il y a en ces lieux des personnes sincères, honnêtes, déprimées, en manque de confiance, souffrant de solitude, qui ne désirent qu’une seule chose : avoir un peu de compagnie et même si personne ne leur parle, ils ont l’impression de rencontrer du monde.

J’en ai croisé quelques-unes pendant mon étude, et j’ai senti une vraie détresse, et cette détresse est noyée dans le surfait, les a priori et le superficiel. Ces gens n’ont pas forcément la force de se faire aider, ni les moyens d’ailleurs.

Ils regardent la télé et voient une pub qui leur explique qu’ils ne sont pas en photo dans la presse people, ni la coqueluche des directrices de modes, qu’ils ne sont pas sur tous les lèvres, ni au cœur de toutes les conversations, qu’ils ne sont ni top model, ni l’égérie d’aucune marque de sous vêtements, qu’ils ne sont pas l’objet de tous les fantasmes, et que des millions de jeunes ne s’endorment pas en rêvant à eux, qu’ils ne sont pas le garçon ou la fille que tout le monde s’arrache. Non, c’est vrai qu’ils ne sont pas tout ça, ils sont eux, et ils sont seuls. Alors s’il vous plait, aidez les, eux.

Retrouvez le podcast de l’émission et dégustez les chroniques du Dr Web : Stéphane disponible en lecture sur Criticize-me.com  et l’actu web de Fanny

Vincent0

3 Commentaires

  1. Carolyn

    J’adoooooore….

  2. Cecile

    Bonjour Vincent, tu n’écris pas souvent mais quand tu t’y mets, on ne regrette pas d’avoir attendu ! J’adore ton article qui analyse si bien cet univers des sites de rencontres. Je m’y étais intéressée aussi à une époque ayant été contactée par l’un d’eux pour rédiger leur site. C’est vrai que là on se situe plus dans la sociologie et que chaque aspect que tu abordes pourrait être développé. Merci pour cette lecture instructive et divertissante à la fois !

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