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Pourquoi les communautés tendent à devenir consanguines ?

A partir du moment où vous gérez ou appartenez à une communauté quelle que soit sa taille, son influence ou son aura, vous dites toujours  » Ma communauté « . Elle vous appartient d’une façon ou d’une autre puisque vous êtes intégré à celle-ci. Ce qui pousse le plus souvent à l’égoïsme communautaire (c’est à dire être égoïste mais en groupe), et d’une communauté qui était ouverte à tous on devient une communauté imperméable aux nouvelles idées et consanguine dans la conversation. Pourquoi ? Je vais essayer de vous répondre.

On peut commencer cet article par une histoire simple et hors marque.

Deux amis passionnés de graphisme et un peu doués en développement décident de créer un forum ayant pour thème le graphisme. Ils ont déjà un petit réseau d’amis qu’ils décident d’inviter à les rejoindre pour partager avec eux leurs passions – amis qu’ils se sont fait certainement sur d’autres réseaux et dans d’autres communautés. Nous arrivons donc à un forum d’une vingtaine de personnes.

Comme tout créateur, nos deux amis, avec l’aide de leurs collègues, vont créer du contenu de qualité pour attirer de nouvelles personnes. Ces nouveaux arrivants vont soit être tout de suite intégrés ou immédiatement rejetés.

 

Intégré ou rejeté ?

Causes d’un rejet communautaire :

  • N’a pas la même vision des choses que le groupe de base,
  • Souhaite imposer ses idées sans prendre connaissance de l’historique,
  • Souhaite apporter de nouvelles idées ne correspondant pas aux idées du noyau dur,
  • Ne correspond pas à l’ambiance générale du forum,
  • Ne fais pas partie du même groupe social (forum de graphisme : on reste entre graphiste …).

 

Donc les nouveaux arrivants qui ont été rejetés ne contribueront pas au contenu. Il n’y aura pas de débats, pas de remises en cause. Et on le sait tous, dans une partie des personnes qui s’intègrent facilement, il n’y a pas que des créateurs de contenus. Faisons un calcul simple.

 

100 nouveaux – 50 rejetés – 40 acceptés (non-créateurs) – 5 (contributeurs et non-créateurs) = 5 nouveaux créateurs de contenus et 95 personnes à satisfaire (ce n’est pas parce que l’on est rejeté qu’on ne peut pas jeter un petit coup d’œil pour avoir des astuces et des tutos). Donc au bout d’un certain temps, la communauté se retrouve avec seulement 5 nouvelles personnes capables de créer des contenus de qualité pour attirer de nouvelles personnes.

 

Communauté : grandeur et décadence…

 

Ah oui ! Car ce que je ne vous ai pas dit, c’est que parmi les membres fondateurs qui ont permis de créer du contenu et d’attirer de nouvelles personnes, bah il y en a

  • 2 qui ont changé de passion,
  • 3 qui ont eu un enfant et dont la priorité est ailleurs,
  • 1 autre qui est parti en mission humanitaire au Burkina Faso
  • Et une bonne dizaine qui pense que le boulot a été fait et que maintenant ils peuvent profiter des retombées.

 

La communauté devient donc un lieu de discussion banal ou l’on échange sur nos journées, on se met à faire des privates jokes que seuls les membres habitués peuvent comprendre. Chaque membre essaye de passer son petit lien de son petit site un peu indépendant pour faire de la promo. Les échanges intellectuels sont de plus en plus rares et les débats quasi inexistants. La communauté commence son cycle infini autour de son nombril, elle ne tient que parce qu’il y a encore 2-3 personnes qui créent du contenu à partager.

 

Vous pouvez comprendre en regardant le schéma ci-dessous :

 

 

 

C’est ce qu’on appelle le Bonding Capital. La communauté a mis inconsciemment ou consciemment des barrières qui rejettent automatiquement le changement et la nouveauté. Elle se retrouve donc à tourner en rond sur ses acquis. Cela crée, la plupart du temps, une démotivation de la part des créateurs de contenus et des contributeurs intéressants qui fuient ailleurs pour retrouver une communauté plus ouverte avec plus d’échanges.

Des exemples ? En voici !

Par exemple sur Facebook, on trouve beaucoup de groupes inutiles avec beaucoup de personnes réunies sous une seule bannière : « Le LOL », l’intérêt commun est de rigoler. Mais il n’y pas vraiment d’échange et de création de valeur.

Un groupe de spécialistes des réseaux sociaux qui n’accepte que les spécialistes des réseaux va finir par tourner en rond car le schéma et la vision restera la même. On se retrouve dans une situation où l’on a complètement déconnecté de la réalité car tout ce qui est dit sur le groupe n’est pas remis en cause.

 

« On est bien d’accord ! »

 

Dans une communauté fermée, les contenus ne sont pas évolutifs. Comme tout le monde est d’accord avec tout le monde, il n’y a pas de débats permettant de faire évoluer les connaissances. Mais heureusement il existe des communautés plus ouvertes aux autres et qui permettent de créer des échanges vifs mais intéressants, des échanges basés sur le partage de connaissances mais aussi le partage d’avis.

Ces communautés appliquent le Bridging Capital au lieu de se refermer sur elles-mêmes. Elles s’ouvrent aux petits groupes, aux petites communautés et ne rejettent pas quelqu’un qui ne fait pas partie de son milieu social – si on parle de communautés d’experts, ils ne rejetteront pas les novices qui souhaitent vraiment apprendre, par exemple – ou n’excluent pas quelqu’un qui est en désaccord complet avec la majorité de la communauté. Car c’est en échangeant qu’on grandit intellectuellement et qu’on augmente son Capital Social.

 

Ne pas contraindre mais convaincre !

Un groupe de spécialistes qui accepte trop de personnes risque aussi de voir son contenu se dégrader. Les spécialistes vont se lasser de répondre toujours aux mêmes questions et finir par partir.

Par contre un groupe de spécialistes qui dose les entrées en détectant la motivation et l’intérêt commun du nouveau membre, qu’il soit spécialiste ou non, futur contributeur ou non. Pourquoi un groupe de spécialistes en réseaux sociaux ne pourrait-il pas intégrer un développeur ou un photographe ? Il a peut-être une vision différente des choses et va peut-être apporter beaucoup à la communauté.

Pour conclure : créateurs de communautés, essayez de ne pas avoir une vision nombriliste de votre communauté, on ne va pas vous la voler, vous pouvez toujours garder le contrôle en restant ouvert.


PS : Pour les marques on a le même phénomène dans la gestion mais cela s’exprime différemment. On ne peut pas empêcher un fan d’aimer notre concurrent mais on peut créer du contenu qui va le faire interagir. Les fans sont des hommes et des femmes qui ont un libre arbitre, on ne peut les contraindre mais on peut les convaincre.

 

Merci Anne et Cécile pour votre aide

Vincent1

7 Commentaires

  1. mygreg

    Au final, les réseaux sociaux sont juste une image, un miroir des communautés IRL non ?
    Ce même texte correspondrait très bien à ce que l’ont peut voir aujourd’hui dans la société, à savoir un vaste espace de réseaux, de communautés, qui ont parfois beaucoup (trop ?) de ponts entre elles.
    Ca me fait toujours rire, car je fais l’analogie avec les séries policières françaises, où l’on retrouve un acteur d’une série dans une autre assez souvent. C’est le problème des communautés très spécialisées, très soudées autour d’une même plus grosse thémathique générale. L’autre exemple serait aussi celui des journalistes…

    • Mais les réseaux sociaux quand ils sont apparus étaient le reflet parfait de la société IRL mais dans l’anonymat mais aujourd’hui, le nouveau modèle c’est de s’afficher et du coup tout le monde se prend pour une communauté et essaye d’être le point central de la discussion. Je fais souvent le rapprochement avec les fans shirt (Tshirt avec un logo ou un groupe de musique) Avant on croisait un mec avec un T-shirt ACDC on se disait lui c’est un vrai, maintenant avec Facebook le mec qui aime ACDC peut aussi aimer Gossip Girl ou Desperate Housewives et on connait son nom. Du coup le communautaire autour d’un seul sujet perd un peu son sens.

      Tu peux développer au niveau des journalistes ?

      • mygreg

        et bien ca fait partie au même titre que le milieu blogueur par exemple à une communauté, avec des règles particulières. Et pour le coup, les passerelles et ponts entre journaux sont très nombreuses. On frôle parfois la consanguinité. Sans troll aucun 🙂

  2. Pierre-Etienne

    Le repli sur soi des personnes mêmes au sein des groupes – je suis un peu hors-sujet – me frappe souvent. Ainsi les dérapages écrits entre membres de la communauté n’atteindraient pas une telle amplitude en langage corporel et verbal. Dire ce que l’on pense et être ce que l’on est au sein d’un groupe virtuel me paraît impossible sauf des des nuages qui rassemblent des individus sans âme autour d’une marque commerciale.

    • Bonjour Pierre-Etienne,

      Vous n’êtes pas hors sujet. Tout le monde dit ce qu’il pense aujourd’hui mais c’est souvent pris au premier degré du coup, on se sent parfois non-écouté. Et cela crée de la distance, écrire n’est pas le même moyen de communication que la parole. Effectivement beaucoup de mondes ont perdu leurs âmes sur Internet. Je vois tellement de personnes souffrant de solitude sur internet et essayant d’exister que le rejet de certaines communautés ne facilitent pas à aller de l’avant.

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