influence_classement

Arrêtez avec vos classements d’influenceurs !

Devons-nous nous méfier des classements d’influenceurs ? Clairement oui, surtout quand ils sont imprécis et que les unités de mesures sont floues, mal adaptées, ou tout simplement algorithmiques. Dès que l’on essaye de mesurer l’influence, il ne faut pas prendre ce qui est publié pour argent comptant.  Explication !

J’ai abordé dans une chronique pour le Comptoir Digital sur Radio Campus Paris ce sujet en prenant pour exemple le Prix du Personnal Branding créé à l’occasion du Reputation Day. Ne voulant pas poster ma chronique sans apporter de précision, je m’applique à donner plus de détails à ce sujet.

Pouvons-nous réellement mesurer l’influence ou la portée d’un influenceur ?

Autant le terme influenceur est assez galvaudé aujourd’hui, autant en faire des classements essentiellement dans le domaine du marketing est un complet non-sens sauf si le thème est précis et si la méthodologie de calcul mise en place est claire, objective, mathématiquement imparable et surtout avec un fort taux de pondération humaine et non algorithmique puisqu’une personne peut influencer à un instant T sur un sujet précis le comportement de son auditoire, mais ça ne veut pas dire que son influence ou son audience est pérenne.

Du coup, lorsque j’ai vu la création de ce prix du Personal Branding, j’ai tiqué. Je me suis dit : « encore un classement pour viraliser un évènement ».

Ne voulant pas critiquer de façon aveugle et directe, j’ai préféré me renseigner et comprendre si ce classement était valable.

Je me suis donc rendu, comme tout bon internaute, sur le site officiel présentant le prix pour y chercher la méthodologie.

Je m’aperçois immédiatement qu’ils ont fait les choses bien, à première vue en expliquant comment ils avaient fait la sélection avec du texte et de la vidéo.

Premier point : Il y a un cadre scientifique avec 4 personnes que je ne nommerai pas, comme promis. Je cite :

 » Un comité scientifique a été constitué afin de définir un cadre rigoureux, valider chaque étape du processus et identifier le gagnant du prix. »

C’est rassurant, donc, de voir qu’il y a bien des humains derrière ce classement et qu’il n’est pas issu d’un algorithme uniquement.

Deuxième point : Pour définir la base des finalistes, ils ont utilisé le classement du site Teads dans la catégorie Marketing/Communication. Assez réducteur, donc, mais ils précisent dans la vidéo que c’est ce qu’ils maîtrisent le mieux comme domaine. Cependant, autant le premier point est rassurant, autant se baser sur un classement pré-établi n’offre pas une chance égale à tout le monde vu qu’il faut y être. Sachant que pour apparaître sur ce classement, il faut soumettre son site ou avoir été soumis par un tiers.

Troisième point : Une période a été retenue : Mai à Novembre 2014 puis 2 sélections, la première de 50 personnes qui n’a pas été publiée à ma connaissance, une autre de 11 personnes qui a été publiée le 20 octobre.

Quatrième point : Je cite :

 » Les critères de mesure retenus sont un ensemble issu des principales échelles de mesure de la réputation et de l’e-réputation des mondes professionnels et académiques. Ont été considérés notamment les critères de Klout, de Social Mention ou encore des travaux académiques de chercheurs (NDLR : dont 2 membres du cadre scientifique 2014), Chun et Davies, 2001). Ainsi, parmi les critères retenus on retrouve notamment :
o Activité de la communauté
o Nombre de fans/followers
o Nombre de tweets/likes/publication
o Nombre de vues
o Intensité de la relation
o Sentiment
o Passion
o Reach »

Avec le point 3 et 4, plusieurs questions sont apparues évidentes car manquant de précisions.

Pour la période donnée, est-ce que les compteurs ont été remis à 0 pour les 11 nominés ? Car effectivement au vu des critères de mesures sélectionnés, certains critères sont faussés par le passé : Nombre de fans / followers.

Comme c’est le prix du personal branding, est-ce que les critères analysés sont en rapport avec ce que communique le nominé à son sujet et pas aux sujets des autres ? Nous rappelons que le personal branding est l’acte de se marketer et donc de faire de sa personnalité un produit que l’on vend. Au vu de la vidéo ce n’est pas le cas vu qu’il y a une « dimension d’influence » sur des sujets externes.

Comment a été mesuré le sentiment / la passion / intensité de la relation ? C’est assez flou et imprécis comme métriques ou est-ce que c’est juste une reprise des métriques de Social Mention ?

Sur quelle base a été mesuré le reach ?

Le nombre de vues, de likes, de RTs et de commentaires sont des métriques quantitatives, elles peuvent définir l’impact et l’auditoire d’une personne mais pas son influence vu qu’on ne connait pas les actes qu’ont impliqué ces données. De plus c’est souvent un ratio entre le nombre de fans/followers et les interactions.

social_mention

Nous retrouvons les 4 dernières métriques en première position du site Social Mention

 

Est-ce encore une fois celui fourni par Social Mention et qui ne prend en compte presqu’uniquement que Twitter ?

Le nombre de Tweets émis ou à propos de définit-il vraiment l’influence d’une personne ?

Autant de questions que je me suis posées au moment de voir qu’il y avait dans la sélection des ex-æquo. Sûrement que toutes ces métriques n’ont été utilisées seulement pour décerner le prix et non pour faire la sélection.

Donc, bien qu’il y ait des humains et un cadre scientifique, ce sont bel et bien des algorithmes qui ont défini les vainqueurs ou du moins assisté, car encore une fois, nous n’avons aucune idée du niveau de pondération, jamais évoqué.

Mais admettons. Finalement, ce qui m’a fait tiquer c’est la sélection de 11 personnes au lieu de 10 car il y a ex-æquo et avec autant de métriques prises en compte, comment pouvons-nous avoir des ex-æquo ?

Pour élucider ce mystère, j’ai tenté de comprendre la sélection des 11, n’ayant pas accès à la liste des 50, en utilisant les mêmes outils déjà mentionnés.

Dans un premier temps, je me suis rendu sur Teads et son classement d’octobre 2014 dans la catégorie Marketing/Communication, et je me suis aperçu d’une 1 chose vraiment troublante. Les 11 nominés font partie du top 100 de Teads catégorie Marketing/Communication comme prévu et ils ont tous un seul point commun : le titre et/ou l’url du site contiennent leurs nom et prénom. Et ce sont les seuls dans le classement d’octobre 2014 à être dans ce cas la. Est-ce donc seulement ça le personal branding ? Pour ne pas citer les personnes qui sont nominés je ne montrerai aucun screenshot mais j’en ai à ma disposition sur demande.

De plus, en demandant des informations sur une publication Facebook, j’apprends que la sélection a été faite par des étudiants, encadrés bien entendu. En aucun cas ce n’est mentionné sur le site. Utiliser un classement basé sur un algorithme n’est-il pas finalement une solution de facilité ?

Première information
Explication

Ne voulant pas remettre en cause les personnes primées, je ne vais pas aller plus loin pour analyser comment le prix a été décidé car je n’étais pas là et je n’ai aucune information sur la pondération encore une fois, ne pouvant donc faire aucune équation ou tableau d’analyse.

Je conclurai cet article par ce que j’ai dis lors de ma chronique, car c’est vraiment ce que je pense. Le but de ce classement n’a pour seul et unique objectif que d’être viral.

Je m’explique : les personnes sélectionnées sont souvent des personnes avec une grande audience (Nombre de followers / Fans / Lecteurs réunis) et ayant une grande visibilité dans un microcosme précis qu’est l’univers du marketing et du web. Vu que les métriques sont souvent les mêmes, il est d’ailleurs normal de retrouver les mêmes personnes.

Il suffit de parier sur le fait que les personnes nominées partagent le contenu, ce qui donnera de la visibilité à l’entité qui a publié le classement. Ce qui pour la plupart des personnes légitimera l’entité devant un public spécialisé.

C’est tout simplement une technique simple pour faire parler de son évènement ou de son agence, et peu coûteuse….

Mais Audience n’est pas synonyme d’influence ni gage de qualité. Mais nous verrons cela dans un prochaine épisode !

———————-

Petit Précision :

– Je ne vise pas les organisateurs personnellement, ni leurs compétences.

– Je ne vise pas les nominés car être présent dans l’un de ces classements ne remet en aucun cas en question leurs compétences.

– Je ne suis ni jaloux, ni aigri, ni énervé par le fait de ne pas être présent dans ce type de classement, tout simplement car je n’estime pas et n’aspire pas être un influenceur « officiel ».

– Si vous écoutez la chronique, elle est volontairement sarcastique et directe car l’objectif est de faire réagir les auditeurs.

– Si j’ai choisi le prix du personal branding, c’est tout simplement parce que c’est un bon exemple de ce que je souhaite démontrer et c’est le dernier en date.

Vincent0

3 Commentaires

  1. Très intéressant, argumenté, serein ! Si vous nous y autorisez, j’aimerais le publier (en partie) sur le site de http://www.reputation-day. Je pense que vous faites avancer la reflexion, et si du coup on peut aussi ( la perfection n’étant pas encore à notre portée) , améliorer la selection et le process, pour nous c’est tout bon. On garde le contact. De toute façon, à reputation-day nous avons un comité de programme, donc si çà vous dit on peut continuer aussi à partager pour améliorer l’idée !

  2. camille_mdm

    Bonjour,

    Merci pour ce billet et Jacqueline, pour l’ouverture d’un débat serein et constructif.
    Ce classement m’a également interpellé, mais pour une autre raison et je souhaite vous soumettre une suggestion

    En effet, je ne remets pas en cause les metrics appliquées pour évaluer le classement, ce billet le fait très bien, (et les débats liés à ces classement sont légion en ligne).

    Mais je me suis demandée pourquoi, pour le « réputation day », ne pas avoir créer un classement (et un prix), pour la communauté des blogueurs traitant de la réputation ?

    Cette communauté est bien moins nombreuse que celle du marketing (bien que proche souvent), et moins connue, mais elle me semble tout à fait correspondre au thème de l’événement. Un prix à destination de cette communauté me semble davantage légitime dans ce cadre. Qu’en pensez vous ?

    • Et bien justement Camille, parce qu’elle est moins nombreuse, moins connue, moins facile à évaluer et qu’il faut du travail pour les identifier … Et donc le temps passé ne vaut pas le coup car ce classement aura beaucoup moins de visibilité qu’un classement généraliste issu lui même d’un classement généraliste.

Laisser un commentaire